Face à l’augmentation du coût de la vie, à l’allongement de l’espérance de vie et à l’incertitude des marchés financiers, les Canadiens revoient à la hausse leurs objectifs d’épargne pour la retraite. En 2026, de nombreux planificateurs financiers estiment qu’un capital d’environ 3 millions de dollars pourrait être nécessaire pour assurer un niveau de vie confortable, notamment pour ceux qui visent un revenu mensuel de 10 000 dollars.
La règle des 4 % : un repère toujours utilisé mais imparfait
La règle des 4 % reste l’un des outils les plus utilisés pour estimer les besoins financiers à la retraite. Selon ce principe, un retraité peut retirer environ 4 % de son portefeuille chaque année sans risquer de l’épuiser sur une période d’environ 25 ans.
Dans ce contexte, un revenu annuel de 120 000 dollars — soit 10 000 dollars par mois — nécessite théoriquement une épargne d’environ 3 millions de dollars.
Cependant, cette règle repose sur des hypothèses idéales, notamment des rendements stables et une inflation maîtrisée. Elle ne tient pas pleinement compte des fluctuations des marchés, ce qui limite sa précision dans un environnement économique incertain.
Le risque de séquence des rendements : un danger sous-estimé
L’un des principaux risques auxquels sont confrontés les retraités est celui de la séquence des rendements. Ce phénomène survient lorsque des pertes importantes se produisent au début de la retraite, au moment où les retraits commencent.
Dans un tel scénario, les conséquences peuvent être durables. Par exemple, une chute de 20 % sur un portefeuille de 3 millions de dollars dès la première année, combinée à un retrait annuel de 120 000 dollars, peut réduire le capital à environ 2,28 millions.
Même si les marchés se redressent par la suite, le portefeuille peut ne jamais retrouver son niveau initial. Cette situation compromet la viabilité de la stratégie basée sur la règle des 4 % et peut forcer les retraités à réduire leurs dépenses.
Pourquoi les objectifs d’épargne augmentent
Plusieurs facteurs expliquent pourquoi les Canadiens visent désormais des montants plus élevés pour leur retraite.
L’inflation continue d’éroder le pouvoir d’achat, rendant les dépenses quotidiennes plus coûteuses. Par ailleurs, l’espérance de vie plus longue signifie que les économies doivent durer davantage.
À cela s’ajoute une incertitude économique persistante, qui incite les épargnants à adopter une approche plus prudente et à prévoir des marges de sécurité plus importantes.
Réduire les risques grâce à des revenus garantis
Pour limiter l’impact des fluctuations des marchés, les experts recommandent de renforcer les sources de revenus stables. Les prestations publiques comme le Régime de pensions du Canada (RPC) et la Sécurité de la vieillesse (SV) jouent un rôle clé, offrant en moyenne environ 18 553 dollars par an aux retraités canadiens.
Ces revenus garantis permettent de couvrir une partie des dépenses essentielles, réduisant ainsi la dépendance aux placements plus volatils.
La stratégie des “compartiments” pour sécuriser son portefeuille
Une approche de plus en plus populaire consiste à répartir les actifs en plusieurs catégories, souvent appelées “compartiments” ou “buckets”.
Cette méthode consiste à diviser l’épargne en trois segments :
- un compartiment à court terme, composé de liquidités pour couvrir les dépenses immédiates
- un compartiment à moyen terme, investi dans des produits à revenu fixe
- un compartiment à long terme, orienté vers les actions pour la croissance
Cette structure permet d’éviter de vendre des investissements en période de baisse des marchés, tout en assurant un flux de revenus stable.
L’importance d’une marge de sécurité
Les conseillers financiers recommandent également de prévoir une réserve supplémentaire, souvent autour de 15 % au-dessus du montant estimé selon la règle des 4 %.
Cette marge permet de faire face aux imprévus, tels que des dépenses médicales importantes ou des changements de situation personnelle.
D’autres risques à ne pas négliger
Au-delà des fluctuations boursières, plusieurs facteurs peuvent fragiliser une stratégie de retraite. Une retraite anticipée, par exemple, allonge la durée pendant laquelle les économies doivent être utilisées.
Si l’horizon de décaissement passe de 30 à 40 ans, le taux de retrait sécuritaire peut diminuer de 3,9 % à environ 3,2 %, ce qui nécessite une gestion encore plus prudente des dépenses.
Les coûts liés à la santé représentent également un risque majeur, souvent sous-estimé, qui peut rapidement peser sur les finances.
Miser sur une approche axée sur les revenus
Dans un environnement incertain, de plus en plus d’experts recommandent une stratégie centrée sur les revenus plutôt que sur la seule croissance du capital.
Cela implique de privilégier des sources de revenus réguliers, comme les dividendes et les intérêts, afin de réduire la dépendance aux fluctuations du marché.
Cette approche permet d’assurer une certaine stabilité, même en période de turbulence économique.
Conclusion
En 2026, atteindre un capital de 3 millions de dollars pour la retraite n’est plus perçu comme un objectif excessif, mais plutôt comme une base réaliste pour maintenir un niveau de vie confortable.
Toutefois, ce chiffre ne doit pas être considéré comme une garantie. Les risques liés aux marchés, à l’inflation et aux événements imprévus exigent une planification rigoureuse et des stratégies adaptées.
Diversifier ses sources de revenus, prévoir des marges de sécurité et structurer son portefeuille intelligemment sont des éléments essentiels pour assurer la pérennité de son épargne.
Plus que jamais, la réussite d’une retraite repose sur une combinaison d’anticipation, de discipline et de gestion proactive.
FAQ
Pourquoi 3 millions de dollars sont-ils nécessaires pour la retraite
Ce montant permet de générer environ 120 000 dollars par an selon la règle des 4 %, soit 10 000 dollars par mois.
Qu’est-ce que le risque de séquence des rendements
C’est le risque de subir des pertes importantes au début de la retraite, ce qui peut compromettre durablement le portefeuille.
Comment réduire ce risque
En diversifiant ses investissements, en utilisant une stratégie de compartiments et en augmentant les revenus garantis.
Les prestations publiques sont-elles suffisantes
Non, elles couvrent une partie des besoins, mais doivent être complétées par des économies personnelles.
Pourquoi prévoir une marge supplémentaire
Pour faire face aux imprévus comme les dépenses médicales ou les fluctuations économiques.